La Tunisie traverse-t-elle une crise avec ses partenaires occidentaux ?

Bien que le discours de souveraineté nationale ne soit pas une nouveauté dans la rhétorique du président Kais Saied, ce discours a pris une tournure intense depuis qu’il a annoncé l’activation de l’article 80 de la Constitution le 25 juillet, et surtout depuis l’annonce du 22 septembre, dans laquelle il a clarifié son intention de rédiger une nouvelle constitution, tout en maintenant le gel de toutes les dispositions relatives au système politique dans la constitution de 2014.

Alors qu’il semblait que les partenaires étrangers, notamment occidentaux, étaient pris au dépourvu par ces mesures, les multiples visites qui ont été faites par les envoyés de ces partenaires ont tenté de pousser le président Kais Saied à mettre un terme à ces mesures exceptionnelles et à fixer une feuille de route au-delà du 25 juillet. Cela a été encouragé par la visite de deux délégations américaines, et lors d’entretiens téléphoniques avec l’Elysée.

Cependant, ces tentatives ont échoué à apporter un résultat substantiel; Au contraire, elles ont fourni au président Saied une motivation suffisante pour accentuer son discours souverain. Cette intensification est apparue clairement dans sa réponse au communiqué du G7, ainsi qu’aux discussions sur la situation en Tunisie par le Congrès américain et le Parlement européen. Ces interventions, jugées inacceptables, ont représenté une opportunité supplémentaire pour le président Kais Saied de rallier ses partisans autour de lui et de ses orientations afin d’affaiblir davantage ses opposants internes et de consolider son contrôle sur toutes les autorités. 

Il y a eu, cependant, des effets tangibles à la pression occidentale. Outre l’apparent accord européen et américain sur la nécessité de revenir aux institutions, de répartir les pouvoirs et de promouvoir un dialogue incluant toutes les composantes de l’échiquier politique tunisien, il semble qu’une sorte de « siège » diplomatique ait commencé à se concentrer sur Le président Kais Saied. En témoigne, selon plusieurs analyses, le report du sommet de la Francophonie en Tunisie, sur lequel le président Kais Saied s’appuyait pour obtenir une reconnaissance internationale pour les démarches qu’il a entreprises. Cependant, ces pressions ont commencé à se développer, affectant les chances de la Tunisie d’obtenir des prêts et des aides qui lui permettraient de surmonter sa crise financière et économique.

Cette confluence de pressions économiques et politiques se manifeste également aujourd’hui dans les relations avec le Fonds monétaire international, car un certain nombre de conditions politiques ont été présentées pour permettre le progrès des négociations, dont la plus importante est la définition d’une feuille de route pour le retour à la situation constitutionnelle et au principe de répartition des pouvoirs.

Le Centre d’études stratégiques organise mardi 2 novembre 2021 son colloque virtuel sur la crise entre la Tunisie et ses partenaires occidentaux, et accueille pour analyser les manifestations et les dimensions de cette crise, le chercheur en relations internationales, et directeur du Columbia International Center Tunis, Youssef Cherif. Dans ce séminaire, Youssef Cherif parlera de l’évolution de la position américaine sur les événements tunisiens, ainsi que de l’évolution de la position européenne sur les procédures des 25 juillet et 22 septembre, et leurs répercussions sur les programmes de coopération. Il analysera également les possibilités de modifier ces positions sous l’influence de l’inquiétude occidentale face à la montée des sentiments d’hostilité à l’intervention étrangère, et de l’avertissement tunisien – informel mais avec des signaux délibérés – de modifier les alignements internationaux du pays afin d’éviter ces pressions. Youssef Cherif analysera également l’impact des réserves occidentales sur les relations tuniso-arabes à la lumière de l’orientation de Kais Saied vers les pays du Golfe afin de contourner le « siège » financier qui devrait être imposé à la Tunisie en raison des procédures du 25 juillet et du 22 septembre. Dans ce colloque, Youssef Cherif échangera Karim Marzouki, avocat, chercheur et analyste politique the différent aspects of this issue.

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